Water, Memory and the Material Imagination: Reading the Sea of the Temps Perdu Against the Flows of Capital (v.f.)

L’eau, composante importante de ce que Gaston Bachelard appelle « l’imagination matérielle, » offre un éventail métaphorique impressionnant d’associations émotionnelles, culturelles et sensuelles. Cette communication explore les tensions entre deux plans d’eau métaphoriques très différents, afin d’établir de quelle manière le potentiel symbolique de l’eau peut servir soit à la constitution des systèmes habituels d’exploitation, de domination et de dévastation écologique, soit à leur renversement. La première métaphore comprend la notion de « flux des capitaux. » En français de tous les jours, on parle de réserve de ressources, d’inondation du système de liquidités, de tsunami financier tout en espérant que la prospérité ait un effet de ruissellement. Un tel imaginaire aqueux sous-entend que la circulation de la monnaie est aussi fondamentale au maintien de la vie que le sang qui coule dans les veines des créatures vascularisées, ou des ramifications artérielles des deltas. La deuxième voie d’eau métaphorique scintille entre les pages d’une poignée de romans modernistes et de leur critique. Dans cette profondeur infinie au cœur de laquelle tout est retenu, les temps se mêlent tous les uns aux autres. En parlant de l’œuvre de Marcel Proust, Walter Benjamin écrit qu’elle est la mer du temps perdu.

Empruntant ces deux voies navigables, MacLeod met le cap sur les différents modes d’expériences temporels associés à l’échange de commodités d’une part, et à la mémoire matérielle de l’eau d’autre part. D’une part, plus la modalité des commodités s’abîme dans la mer de l’expérience quotidienne vécue, plus le temps se voit séparé en fragments discrets, interrompus, où le passé est chassé des paysages et des choses. D’autre part, en revanche, la mer du temps perdu semble être un antidote ingénieux aux déluges amnésiques de la réification, invoquant une immanence persistante du passé dans la matérialité du présent. Les descriptions littéraires des eaux de la mémoire ouvrent alors les portes d’une expérience temporelle contre-hégémonique, expérience qui met à l’avant-plan l’interperméabilité des corps et des événements à travers les générations et les géographies.