Water Contamination and the Thought of Futurity: Subterranean Flows from the Ground Zero of Bhopal (v.f.)

Spiegel investigue, au cours de sa communication, les fonctions de la théâtralité comme médium lors d’une fracassante campagne pour la justice menée par des femmes à Bhopal, en Inde. En 1984, une fuite de quarante tonnes d’isocyanate de méthyle, causée par la défaillance d’une soupape de l’usine américaine Union Carbide, tua sur le coup des milliers de personnes. Entre-temps, depuis 1976 déjà, des écoulements de l’usine commençaient lentement à s’infiltrer dans la nappe phréatique. Près de trente ans plus tard, des produits chimiques s’échappent toujours du site de cette usine abandonnée. Des inquiétudes existent autour de la possibilité que la propagation de la contamination soit en corrélation avec l’accroissement des malformations congénitales et des taux de maladie dans les régions concernées, altérant l’avenir potentiel des vivants.

Spiegel, afin de penser avec ces débordements et leur impact futur, se tourne vers la notion de « planétarité » de Spivak : la planète s’oppose à une notion totalisante de la Terre, image singulière globale qui universalise les courants selon la logique du capital. Cette notion se tourne au lieu vers l’étrange terre/chez soi, un flanc maternel qui participe, ni vu ni connu, à la pensée même dont il accouche. Le courant de la nappe phréatique contaminée se répand, de l’usine de pesticide abandonnée d’un conglomérat multinational, transmutant les corps à venir, s’infiltrant dans la chair, le sang et les utérus de ses consommateurs. Spiegel, pensant avec la contamination de la nappe phréatique, cadre la théâtralité des gestes et des interventions de ceux qui consomment et entre en relation avec l’eau du site de l’usine, comme un médium servant à exprimer, étranges et multiples, les multiples trajectoires possibles de la politique écologique. Ces trajectoires, d’après Spiegel, offrent différentes représentations de la planète et de son avenir, en plus de déstabiliser le terrain de la pensée et de réinventer la futurité par une série d’interventions que Guattari appelle éthico-esthétiques. Suivant les courants souterrains de la contamination de la nappe phréatique, le spectre des flux féminins et de l’étrange utérus refait surface, prenant cette fois l’aspect d’un mouvement international de justice environnementale.