Water and Gestationality: What Flows Beneath Ethics (v.f.)

Mielle Chandler et Astrida Neimanis remettent en question les motifs mêmes de l’éthique et explorent ses conditions de possibilités hydriques dans un mode plus-qu’humain. Alors que certains théoriciens ont essayé d’élargir l’éthique humaniste afin d’y inclure les entités non-humaines, Chandler et Neimanis troublent ce courant en demandant : Qu’y a-t-il de plus-qu’humain qui navigue sous l’éthique (humaine) même ? Elles suggèrent que l’éthique humaine est possible grâce à la socialité aqueuse, qu’elles qualifient plus spécifiquement de gestationnelle. Autrement dit, elles infèrent qu’en tant que corps humains et plus-qu’humains, notre capacité à penser l’éthique provient de l’eau en gestation qui nous englobe et nous dépasse. Il importe que cette proposition ait pour point de départ une conception phénoménologique de la matérialité aqueuse en elle-même – c’est-à-dire l’inclusion gestationnelle de l’eau dans la conception, la répétition et la prolifération de la vie-plurielle. Par contre, afin de concevoir cette hypothèse, les auteures entament une conversation théorique avec Levinas et Deleuze. À l’intersection productive de ces deux philosophes, Chandler et Neimanis expliquent ce que l’eau peut nous enseigner par rapport à la capacité de répondre à d’autres corps, et par rapport à la futurité inconnaissable que possèdent tous les corps aqueux. D’après elles, ce sont ces enseignements qui se répètent à l’échelle interhumaine et que l’on nomme « l’éthique. » Les considérations éthiques qui étayent la justice sociale et environnementale partent de l’eau dans laquelle baignent toutes formes de vie.

Mais comment ces considérations théoriques peuvent-elles nous aider à comprendre nos propres relations aux autres, aqueux et plus-qu’humains ? Par exemple, les ascidies (nom commun : tunicier) sont des corps d’eau submergés d’eau. Le fait que les tuniciers prospèrent dans les océans vient complexifier nos notions éthiques simplistes étant donné que la présence de ces ascidies est à la fois « nuisible » et « utile » à d’autres vies. Purificatrices d’eau d’un côté, espèces envahissantes de l’autre, elles menacent la survie des lamantins et permettent des percées pharmaceutiques humaines. Savons-nous être éthique envers ces créatures ? Peuvent-elles êtres éthiques envers nous ? voici les questions qui naviguent sous les propositions des auteures. En explorant la possibilité de discuter avec les ascidies et de parler pour elles, ce texte souterrain nous rappelle les fuites et les flux entre l’existence matérielle et le texte théorique, ainsi que l’incapacité de ce dernier à expliquer entièrement la socialité aqueuse.