Untapping Watershed Mind (v.f.)

Pour cette communication dialogique, Wong et Christian demandent quel impact la perspective culturelle a-t-elle sur nos interactions et perceptions de l’eau – que ce soit comme commodité ou ressource, comme incarnation d’un esprit, comme rappel de l’interrelation de toutes les formes de vie sur terre, ou autre. Considérant ce qui se trouve en aval, spatialement et temporellement, dans cette ère de réchauffement planétaire, les auteures entreprennent d’écouter les points de vue locaux, diasporiques et indigènes sur l’eau, les guidant ainsi vers un plus grand respect du bassin versant dans lequel elles habitent. Unissant l’essai, le biotexte et les fragments poétiques, elles explore le chemin de l’eau – un cadeau du ciel qui s’écoule et se dissout dans de complexes écosystèmes et infrastructures humaines, les revigorant avant d’arriver au robinet. Doug Thorpe et Marianne Sawicki ont suggéré qu’historiquement, l’invention de la canalisation ait laïcisé l’eau étant donné qu’elle fut dès lors perçue comme venant de Rome, et non plus des cieux. L’on pourrait avancer que le robinet et la canalisation ont fait de l’eau une simple commodité – une ressource à exploiter, plutôt qu’une force vivante en elle-même. Comme antidote, les auteures suggèrent d’annuler les effets de l’eau comme outil, objet ou instrument en portant attention au rythme des cycles naturels et aux débits, aux ruisseaux et aux interdépendances qui constituent l’écologie vivante et dynamique dans laquelle nous vivons. « Watershed Mind » est la perception de notre situation et de notre incarnation au cœur de micro-courants et de macro-courants, nous déplaçant à des vitesses allant de l’à peine perceptible au subitement extrême.

Gardant en tête que Vancouver accueillait autrefois 57 ruisseaux à saumons, Wong et Christian proposent plus spécifiquement d’observer où courraient ces ruisseaux et d’y méditer. À l’aide de ce processus d’exploration, l’eau n’est plus tenue pour acquise en tant qu’utilité pratique, mais elle devient plutôt vénérée, au fur et à mesure qu’elle nous met en relation avec les grands rythmes de la planète, ces cycles, et ces tendances. Leur chapitre documente et transcrit des randonnées de ruisseaux, des visites aux bassins versants locaux du Vancouver métropolitain. Elles s’intéressent aussi à des penseurs tels que Jeanette Armstrong et Michael Blackstock, qui partagent une perspective indigène sur l’eau qui précède et excède la colonisation, ainsi que Doug Thorpe et Basia Irland, qui font preuve de perspicacité créative et poétique par rapport à comment l’eau peut-elle être respectée comme telle, tout en résistant son appropriation et sa réification par le capital mondial. Bien que le texte commence avec l’expérience incarnée des randonnées de ruisseaux et des tournées de bassins, les auteures demeurent ouvertes aux courants de mots qui roulent dans des directions intuitive, inattendue, poétique où le hasard fait bien les choses, vu que – comme l’énonce Wong – « l’eau possède sa propre syntaxe que j’apprends toujours. »