Reconnecting Visible and Invisible Water Infrastructures with Water Bodies (v.f.)
Penser avec l’eau relève traditionnellement du domaine de l’hydro-ingénierie, qui maintient l’eau à l’arrière-plan afin qu’elle soit facilement accessible à la consommation quotidienne. Sans cet accomplissement, la civilisation moderne n’existerait pas. De l’eau potable coule des robinets, l’eau des toilettes disparaît vers les égouts dès qu’on tire la chaîne. Une partie cruciale de ce système est son invisibilité même. Un réseau souterrain de tuyaux relie nos maisons aux installations de traitement. Ce n’est que lorsque surgit un problème – un tuyau bloqué ou crevé, par exemple – que déterre-t-on les artères. Pourtant, sur un autre plan, l’hydro-infrastructure contemporaine est grandement visible : d’immenses barrages interrompent le courant de puissants fleuves, et des milliers de miles de fossés d’irrigation cadrent le paysage. La visibilité, tout comme l’invisibilité, relève de divers domaines. Par exemple, en ce moment précis du vingt-et-unième siècle, dix pour cent des grands fleuves du monde n’arrive pas à se jeter dans la mer pendant une certaine période de l’année, étant donné l’utilisation de leurs eaux en amont. Les fleuves charismatiques que sont le Nil, le fleuve Jaune, l’Indus, le Rio Grande et les fleuves du Colorado, entre autres, se transforment en sable, parfois des centaines de kilomètres avant leur embouchure. Le fleuve, par son absence (fleuve invisible), rend visible sa surexploitation. Penser avec l’eau nécessiterait alors de penser cette dynamique de visibilité et invisibilité.
Klaver épluche cette dynamique des points de vue épistémologique, ontologique, esthétique et expérientiel. Dans un principal courant réflexif, elle cerne les effets de l’invisibilité de nos infrastructures hydrauliques familières sur notre capacité à penser et à vivre avec l’eau. Afin de comprendre et d’apprécier l’eau nous devons, d’après Klaver, cultiver des relations quotidiennes aux réseaux hydrologiques et aux écosystèmes aquatiques pris dans leur ensemble. Elle suggère aussi des moyens variés de renouveler notre connexion à l’eau, que ce soit à l’aide d’événements comme les Fêtes du fleuve, ou grâce à des expériences informelles comme une ballade avec son chien autour d’un étang de stabilisation communément appelé un « lac. » Les frontières expérientielles entre l’infrastructure hydraulique et les paysages aquatiques s’amenuisent lors de telles activités quotidiennes. Ainsi, comme le conclue Klaver, penser avec l’eau nécessite donc de traduire scrupuleusement nos expériences quotidiennes en une conscience publique de l’importance de la préservation de nos bassins hydrologiques afin que l’eau continue de couler de nos robinets. Penser avec l’eau débouche sur une imagination publique profondément imprégnée d’une conscience des bassins hydrologiques.