Oceans Listen: The Acoustic Ecology of Ocean Governance (v.f.)
Au cours de sa communication, Roburn tend l’oreille à l’écologie acoustique des Océans arctiques, qui se réchauffent rapidement. La glace qui autrefois perdurait des années durant devient saisonnière, ou fond tout simplement, changeant les résonances physique et géopolitique des espaces océaniques arctiques. Les changements climatiques donnent lieu à une montée d’intrusions humaines dans les eaux arctiques – soit pour l’exploration et l’exploitation du pétrole, soit pour la cartographie du fond de l’océan, soit pour le trafic des touristes et des porte-conteneurs – changeant le registre acoustique de celles-ci. La pollution acoustique et à la hausse, tout particulièrement dans le registre de fréquence où les baleines et les dauphins emploient l’écholocalisation pour chasser, s’accoupler, naviguer et communiquer entre eux. Cette cacophonie grandissante constitue une menace à la survie des populations de baleines arctiques, et au bien-être des communautés chassant la baleine, Yupik, Inupiat, et Inuvialuit du grand nord.
Comme le constate Roburn, pourtant, toute discussion portant sur l’écologie acoustique océanique participe à un long débat de plus en plus polarisé entre les partie intéressées et les nombreux discours en jeu. En effet, les efforts de limiter le bruit acoustique marin prennent place au milieu des topographies contestées et changeantes de la régulation océanique mondiale. Au cœur de ce conflit complexe en pleine évolution, recadrer l’océan en termes d’espace acoustique permet d’abolir les catégories et les dualités, offrant ainsi des possibilités de coopération et de coordination. Repenser l’océan à l’échelle de la phénoménologie donne un aperçu des présomptions qu’apportent les humains, consciemment et inconsciemment, en tant qu’êtres terrestres qui perçoivent le monde principalement à partir de l’air. Ces présomptions limitent notre capacité de comprendre l’étendue des types et des qualités spécifiques de pollution acoustique qui affectent le plus les êtres marins. Apprécier davantage les propriétés acoustiques de l’eau salée ainsi que les adaptations qu’on fait les cétacés à ce médium permet de reconceptualiser l’acoustique comme paramètre important des écosystèmes océaniques : l’écologie acoustique océanique devient alors partie intégrante de toute stratégie de protection marine digne de ce nom.
S’inspirant des cosmologies indigènes aussi bien que des développements en théorie du paysage sonore, Roburn suggère une conception relationnelle flexible et contextuelle des lieux océaniques et des communautés acoustiques. Prendre au sérieux le concept de « smog acoustique » océanique accru, qui est une forme de dégradation environnementale chronique, permet de recontextualiser les menaces à la vie marine, établissant un lien clair non seulement avec la pêche, à la baleine ou autre, mais avec toutes les activités industrielles qui ont un impact sur le paysage sonore de l’océan. Quelles sont les conséquences de ces intrusions soniques dans le monde plus-qu’humain ? Comment taire la cacophonie ? Comment écouter l’océan et ses créatures ? La survie des baleines arctiques, ainsi que des communautés de pêcheurs de baleine arctique, dépend non seulement de nos réponses, mais aussi de l’effet que ces réponses auront sur les actions des institutions mondiales.