Footbridge at Atwater: A Chorographic Inventory of Effects (v.f.)

On peut appeler chorographie la cartographie qualitative d’un lieu, d’une région, d’un paysage ou d’une voie d’eau. Ce texte nous implique dans un conte créatif et poétique du Canal Lachine, un corridor détérioré qui trace une ligne peu profonde à travers la portion sud-ouest de l’île de Montréal. Connectant le Vieux Port de Montréal avec la ville de Lachine, sur les rives du Lac Saint-Louis, l’itinéraire de cette communication est dressé à partir de trente-deux sites contaminés sur le canal. (Aujourd’hui, ces sites se multiplient, mais voici les débuts de la comptabilité qualitative.) Le pont piétonnier d’Atwater représente une scène à partir de laquelle – en trente-deux mouvements ou gestes – van Wyck s’intéresse aux strates sociales et industrielles de ses courants.

Construit au début du dix-neuvième siècle, une période d’enthousiasme débordant pour les canaux en Amérique du Nord, le Canal Lachine contourne les rapides impraticables du Fleuve Saint-Laurent qui constituaient le seul obstacle au courant tranquille des échanges entre le Haut et le Bas Canada. De 1825 à sa fermeture en 1970, le Canal Lachine fut une voie d’industrie et d’échange par laquelle pratiquement tout le trafic par eau et par rail du Saint-Laurent passait. La logique économique et spatiale de Montréal finit par s’organiser autour de ce corridor hydrique : entre l’Église et l’État, l’industrie et l’urbanisation, entre la propriété et la production. Suivant la fermeture du canal, et l’infrastructure industrielle en ruine, le canal s’est graduellement renouvelé comme corridor récréatif. En 2002, sous les auspices de Parcs Canada et de la Société du Vieux Port de Montréal, le canal, ainsi que ses cinq écluses retapées, a de nouveau ouvert ses portes, cette fois aux bateaux de plaisance, et fut de ce fait renommé le Lieu historique national du Canada du Canal-de-Lachine.

Ce qui stimule l’imagination de van Wyck, dans toute cette affaire, n’est pas que l’histoire formelle de ce corridor, ni la transformation sociale et industrielle engendrées par elle. Plutôt, c’est l’accumulation matérielle et sédimentée d’un « passé » tout à fait vivant dans le présent ; ce caractère toxique et documentaire du Canal Lachine réclame une procédure à la fois lyrique et chorographique.